Monday, October 09, 2006

Poulette Bicyclette

Ainsi soit-il! Je suis partie pour une super année ici au Burkina et malgré toutes mes tentatives de problématiser ce qui se passe autour de moi, j'en ressors tout de même avec la conclusion que je suis très chanceuse du déroulement des événements. J'ai un ensemble de gens et de ressources inestimables qui gravitent dans mon entourage; des étudiants de maîtrise et des coopérants en fin de mandat, qui sont prêts à partager conseils et perspectives et à nous inviter dans leurs cercles d'amis.Et il y a ma chère Krystel qui est toujours là pour me remonter le moral quand il y a des moments moins roses ou pour dédramatiser certains aspects plus troublants de l'interface interculturelle. Pour élaborer un peu sur le dernier message que j'ai affiché sur le blog, je dois dire qu'en ce jour la situation d'intensité a quelque peu évolué. Je crois avoir appris mieux à composer avec l'attention constante dont je suis l'objet dans la rue, en modifiant mon attitude entre autres. Il faut dire que beaucoup d'hommes inventent vraiment du n'importe quoi pour t'approcher ou bien te vendre des trucs, et ils se permettent des choses audacieuses et impolies qu'ils n'oseraient jamais faire avec des femmes africaines (comme te coller comme une sangsue ou cogner à ta porte pour te draguer quand ils t'ont jamais rencontrée!). Maintenant je m'amuse un peu avec tout ça, je recours souvent à la technique de la ''poseuse de questions insistante'' et je m'invente des vies et des accents vraiment drôles – par exemple, je suis Vénézuelienne ayant vécu en Chine pour 10 ans et mariée à un Tchadien. En tout cas, autant il y a des gens incroyables ici, autant il y en a qui veulent profiter de toi, alors il faut apprendre à gager. Mais ça va déjà mieux, Bobo a beau être une ville, il reste que les gens commencent à nous reconnaître et réaliser qu'on est des vagabondes qui vont durer ici lol.

Le mode de vie est plutôt chargé mais c'est agréable. Y'a le boulot la semaine de 8h-12h30, ensuite y'a le dîner et la sieste (parce qu'il fait trop chaud!) jusqu'à 15h où on recommence à bosser jusqu'à vers 18h. Au bureau, on se fait souvent interrompre – surtout car notre ''bureau'' est un peu dans les jambes – pour des discussions ou pour ''sauver la vie de tout le monde'' avec leurs tâches. Il faut faire preuve d'imagination pour faire ce qu'il y a à faire! Mais y'a pas un jour qui passe sans une leçon de vie importante ou un apprentissage considérable. On a la chance d'avoir des ordinateurs et Internet au bureau, ce qui est vraiment un luxe que j'apprécie. À REVS+, ça bouge beaucoup beaucoup, il y a au-dessus de 5000 bénéficiaires et 10 cellules d'intervention (ex: anti-rétroviraux, pharmacie, plaidoyer, groupes de paroles, conseils psychologique, dépistage SIDA et MTS, réinsertion socio-économique, etc.), ce qui est vraiment une chance pour une personne avec un brin de curiosité. À la MAS, c'est plus relax, mais ça me permet de travailler tranquillement sur l'ordi. Je crois voir que mes collègues de travail commencent à me faire confiance, ce qui est une étape cruciale ici dans un milieu ou les relations humaines sont plus importantes que toutes les compétences du monde. Je sens que je vais travailler beaucoup en équipe mais que j'aurai beaucoup de mobilité et de flexibilité pour accomplir mes tâches (surtout que je viens d'apprendre que je bénéficie d'un budget pour faire mes activités!). Je dois partir en brousse pour appuyer certaines organisations membres de la MAS pour leurs activités génératrices de revenus (AGRs), ce qui va me donner l'occasion de vivre quelques expériences en village! J'ai eu l'occasion d'échanger avec des gens qui m'ont donné plein d'idées de microentreprises qu'on pourrait faire. Pour l'instant, je souhaiterais redémarrer un peu le système de visites à domicile des clientes des microcrédits, et peut-être partir un nouveau groupe de production pour les Orphelins et Enfants Vulnérables (OEVs) sous forme d'une coopérative de travail versatile. Je dois dire que d'habiter chez Catherine et de travailler à REVS+ m'a beaucoup sensibilisé sur le problème des OEVs en milieu affecté par le VIH SIDA, et c'est enfin une grande chance que la question commence à susciter l'intérêt des bailleurs internationaux. Aussi, on a un moulin à céréales qui va ouvrir dans quelques semaines, et je vais travailler beaucoup sur l'élaboration des outils de gestion pour celui-ci. Il y a d'autres choses qui s'en viennent, soit des formations, du consulting, et j'en passe. Je dois avouer qu'après avoir bien clarifié mon mandat avec mes employeurs, je trouve celui-ci encore plus motivant! Je crois que je dois encore en apprendre énormément sur la culture du travail ici au Burkina, car il y a plusieurs défis auxquels je ne m'attends pas nécessairement, comme le fait que l'initiative n'a jamais vraiment été encouragée ici (contexte post-colonial typique...) et que les structures hiérarchiques traditionnelles entrent en conflit avec des descriptions de poste plus adaptées. Par exemple. Mais on verra bien.

Sinon à part le boulot, y'a la vie! En fait, le lundi et le mercredi, on fait des cours de dioula, la langue locale, ce qui est essentiel à mes yeux si on est pour briser les stéréotypes du blanc aseptisé-xénophobe-cloîtré, chose que je pense aussi faire en me promenant à vélo, une action qui étonne tous les Burkinabé à qui je parle! Aussi, avec Krystel, on se fait des ''quêtes'', comme par exemple, on se donne un dimanche et on se dit qu'il faut trouver des goyaves à tout prix! Alors ça nous permet d'explorer le marché et de commencer à se situer et se faire des points de repère. Pour nous deux, c'est important de faire attention à notre santé, alors on va aussi à la piscine et au gym dans un hôtel de façon régulière. J'ai aussi sympatisé avec le Centre Culturel Français (CCF) de Bobo, quoique je sois un peu déçue qu'il soit presque entièrement fréquenté par des Européens, contrairement au CCF de N'Djaména. Mais bon, on va y voir des films (en attendant que le cinéma rouvre ses portes) et des contes, c'est bien, et il y a aussi une grande bibliothèque. On investi aussi dans la gastronomie, soit la recherche de bons petits endroits pour manger ou acheter des provisions. De ce côté, on est choyées, car la cuisinière de chez Nathalie est très outillée en matière de cuisines sénégalaises et ivoiriennes, ce qui change un peu de la motonie de la bouffe burkinabé. Mais ici à Bobo, on est chanceux car on a le climat le plus clément du pays, ce qui permet de manger beaucoup plus varié qu'ailleurs. Ainsi, il y a beaucoup de fruits et légumes disponibles sur lesquels je croyais devoir faire une croix pour l'année! Aussi, depuis qu'on est arrivées, on est quand même sorties beaucoup pour ''maquiser'' dans les ''dancing'' (en coordonnant nos soirées en s'envoyant des SMS sur nos portables!). On a Édouard, le beau frère de Catherine, qui est notre garde du corps assigné qui nous accompagne pour éviter qu'on se fasse trop emmerder par le p'tits cons et les rastamans ''artistes''. Je dois dire que les femmes blanches ici ont des réputations de femmes faciles car l'industrie de la prostitution masculine orientée vers les touristes françaises marche très bien! Mais avec Édouard avec nous, on déconne comme des folles sous les airs de la danse d'Hélène ou bien des chansons burkinabé en vogue (''Burkina Faso yaaaa, saya sita, c'est doux'') dans l'empire mossi ou bien des chansons embarassantes à l'Afrique (''mets-lui doucement!'') ou bien du très côté coupé-décallé ou du plus nouveau taki borossé avant de rentrer à la maison en mobylette aux petites heures du matin. C'est drôle, on se paie du bon temps, ça coûte pas cher, ça nous remonte le moral.

La semaine passée, la routine s'est un peu boulversée car c'était la rencontre trimestrielle du secteur VIH SIDA du programme Uniterra, organisée à Ouagadougou par nos employeurs Canadiens, le CECI et l'EUMC. On est partis pour la capitale mardi matin et le soir on a enfin rencontré Marie-Élaine, une coopérante super cool qui est basée à Yako, un village une heure au nord de Ouaga. On est sorties manger dans un resto vraiment bon (pour commencer la série de méga-indulgences gastronomiques qui a marqué le séjour!). Et le lendemain on a commencé les deux premiers jours, qui avaient pour but de faire le point sur les activités de tous les partenaires nationaux et de faire des suggestions pour des améliorations et des futures programmes, etc. C'était vraiment bien, j'ai rencontré plein de monde super intéressants, dont Angèle, notre big boss, qui est une perle, littéralement! Le mercredi soir on est allés au Godwana, un restaurant incroyable avec des expositions de peintures et sculptures mauritanienne et un bar à tapas fanstasmagorique. Le jeudi soir on est enfin allées au Verdoyant, le resto préféré de Jeff, pour se payer une pizza aubergine-chorizo délicieuse. Le vendredi fût à mes yeux la meilleure journée, car on a rencontré tous les partenaires du secteur agriculture d'Uniterra, ce qui m'a donné la chance de rencontrer des gens qui travaillent dans l'industrie du karité biologique et équitable!!!! J'étais tellement contente, j'ai pu visiter des bureaux, me faire des contacts, discutter des problématiques, et puis commencer à me faire une tête sur mon sujet de recherche! Ce qui n'est pas rien tout de même! Bon sinon le soir on est allés manger chez Angèle, un buffet élaboré avec mets asiatiques (imaginez!! moi qui mange juste du riz et de la salade à Bobo lol) et tout. Ensuite le samedi, y'a eu le match d'élimination en soccer, le Sénégal contre le Burkina au stade! On est allés le voir live, ce qui fût une expérience de bain de foule des plus intéressantes! On est allées du côté des Sénégalais car sinon y'avait pas de place lol! Tk y'a presque eu une émeute, et surtout car le Burkina a gagné (contre toutes espérances), alors tout le monde (nous y compris) nous sommes retrouvés dans les ''kundés'' (pubs) pour célébrer le tout. Une belle fin de séjour!

Comments:
en anglais, s'il vous plait!

this looks like an entry i would love to read. hey, we should talk about microfinance. can you suggest a good book? i want to start a microfinance institution in laos.
 
Hey petite poulette!! Desole de ne pas avoir ecrit avant, j'avais perdu le lien pour ton blog! :( Tes histoires m'aidents beaucoup. Ca me donne plus d'energie et de motivation pour mon stage qui s'en vient. C'est tres drole de lire comment ca se passe sur le terrain en meme temps de faire le processus d'application et les rencontres avec les ONGs. Tu as l'air de bien t'adapter et de bien t'amuser! C'est genial! Continue! Je vais essayer de venir lire et t'ecrire assez souvent maintenant que j'ai retrouver le lien! Je t'aime fort cocotte! Fais attention a toi!
 
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